Contretemps
C’est peu dire.
Je vous rappelle, bande de têtes en l’air, le principe d’une chimiothérapie : c’est composé de “cures” . Chaque “cure” comporte 3 séances qui s’étalent sur 1 mois :
- 1ère séance, 48 heures à l’hosto, sous perfusion. “Hydratation” pendant 24 h, puis injection des produits, puis re-hydratation de 24 h et zou, dehors.
- 2ème séance 8 jours plus tard, mais en ambulatoire : 2 ou 3 heures d’injection sous perfusion à l’hosto, et zou, dehors.
- 3ème séance 8 jours plus tard, identique à la 2ème.
-repos de 2 semaines avant la cure suivante. Vu ?
Or donc, je devais subir la 1ère séance (48 h) de ma 2ème cure de chimio. Soit, prévision :
Mardi 11 : entrée, hydratation
Mercredi 12 : hydratation, chimio, hydratation
Jeudi 13 : hydratation, sortie.
Réalisation, version lapidaire :
Mardi 11, entrée, hydratation
Mercredi 12 : problème, chimuio différée
Jeudi 13 : petit tour au bloc et ransfert en urologie
Vendredi 14 : transfert en oncologie, grosses douleurs
Samedi 15 : encore problème, mais chimio appliquée
Dimanche 16 : fièvre
Lundi 17 : sortie dans l’après-midi
Mais, pour qui voudrait connaître certains détails croustillants de cette courte épopée de 6 jours dans un des hauts lieux de l’univers hospitalier français, voici un petit journal des évènements.
Tout commence comme prévu: entré le 11 vers 17 h, mise sous perfusion, hydratation, dodo.
Mercredi 12 : visite vers 10 h dans la chambre d’une jeune toubib haute comme trois pommes, accompagnée de 2 autres internes ou externes encore plus jeunes qu’elle, tous trois sympathiques.Trois-pommes a l’air d’être le supérieur, et je me demande si je suis dans le bon service, là.
Parce qu’elle me fait plier les jambes, m’appuie fort sur le ventre à droite, à gauche, respiration bloquée et débloquée, me fait garder les jambes tendues en l’air pour voir si les abdos tiennent, me passe le pouce sur la face interne des cuisses (rhâââ…) et des mollets en me demandant si je ressens la même chose à droite et à gauche … Bref, je ne vois pas trop le rapport de ces manips avec un mec en chimio en oncologie … J’ai plutôt l’impression d’être juste un exemple de travaux pratiques pour les deux plus jeunes.
Bref, ce Mercredi 12, j’attends tranquillement les perfusions de chimio, qui doivent commencer dans l’après-midi …
Mais …
Vers 13h, je constate avec stupeur et inquiétude qu’il n’y a pas une goutte dans la poche à pissou de ma néphrostomie au rein gauche.
Que se passe-t-il ? Le rein a rendu l’âme ? La stomie est-elle bouchée ? En tous cas je signale la chose, et évidemment, on surseoit à l’injection des produits de chimio jusqu’à plus ample informé, cette dernière ne pouvant être faite que si les reins peuvent donner leur maximum, quel que soit leur maximum …
Les emmerdes commencent : pendant 24 heures, rien ne se passe, pas une seule information à part “le docteur va passer”. Eh ben non, pendant 24 h, pas de docteur qui passe . Je suis toujours sous perfusion d’hydratation, évidemment.
Puis le jeudi 13 vers midi, un brancardier déboule avec une chaise roulante, y accroche ma potence, et me dit qu’il doit me conduire en radiologie … Bon … Vont-ils vérifier ainsi quelque chose à propos de la néphrostomie ? Ou alors … Je formule une autre hypothèse pour expliquer qu’il n’y ait plus rien qui coule dans la poche à pipi : la première cure de chimio aurait-elle pu réduire la tumeur qui bouchait l’uretère de façon suffisante pour que la pisse reprenne la voie de l’uretère et dédaigne celle de la stomie ? Ce serait plutôt une bonne nouvelle.
Mais à ma grande surprise, la radio n’est pas pour ça : c’est juste pour regarder ma région lombo-sacrée, vu que j’ai précédemment signalé que 3 semaines plus tôt j’avais eu quelques douleurs de ce côté là, bien oubliées depuis.
On me remise ensuite dans la zone d’attente de la radiologie en me disant qu’on va venir me chercher. Pour me ramener dans ma chambre, cela me semble évident.
Je commence à bouillir après 20 minutes d’attente , puis 15 minutes plus tard, je joue les handisports dans ma chaise et vais déclarer calmement mais fermement à la secrétaire du service radiologie que si personne n’est venu me chercher dans les 10 minutes, je regagnerai ma chambre seul. Ça roule très bien ces chaises.
- Ah, mais il faut attendre, vous ne pouvez pas !”
- Oh … Je ne peux pas ? Vous allez voir, si je ne peux pas.”
- Non non, je suis responsable de vous !”
- Je vous signerai une décharge …”
Dix minutes plus tard, un brancardier arrive : “Je dois vous emmener au bloc”
Ah ! Je me dis qu’ils vont contrôler et changer la nephrostomie, c’est à dire le tuyau qui part de mon rein et qui me sort par un trou dans le dos pour alimenter la poche à pissou. Ça se refait effectivement toutes les 4 à 6 semaines.
À poil sur le ventre dans le bloc opératoire, où évidemment il fait froid, anesthésie locale, contrôle et changement de la néphrostomie. Le chirurgien urologue constatant que même avant son changement elle fonctionnait bien, me fait l’honneur de me dire que mon hypothèse de tumeur réduite et passage de l’urine redevenu normal (donc dans la vessie via l’uretère gaiche) n’est pas totalement stupide.
Et il m’apprend que je vais rester dans le service urologie jusqu’au lendemain, parce qu’en oncologie, ils ont besoin de ma chambre.
On mes stocke en salle de réveil, où je commence à ronchonner à propos notamment de mes affaires (y compris téléphone, portefeuille …) laissées en plan comme ça dans ma chambre. Faut pas que je m’inquiète, il paraît, on va me les transférer dans ma nouvelle chambre en urologie. Chambre qui n’est pas prête.
Je resterai à moisir 3 heures en salle de réveil. Je n’en veux pas au personnel de cette salle : personne ne répondait à leurs insistants appels téléphoniques au service urologie.
Bref, vers 18 h, on vient enfin me chercher. Le niveau du rein gauche est un peu endolori du fait du bricolage subi, mais ça va. La nuit passe.
Vendredi 14, service urologie. On me confirme (Ô joie) que je dois être re-transféré en oncologie dans la journée pour y subir enfin ma chimio. Ouf, je vais donc sortir demain ? Mais non.
Vers 14 h, je suis pris de chouettes douleurs (vous savez, genre coliques néphrétiques, mais un peu moins fort quand même) du côté gauche. Je me tortille dans mon lit, j’espère que ça va passer, je me prends un paracétamol 1000 qui traîne dans ma trousse de toilette, mais ça ne passe pas. Au bout d’une heure et demie de gros bobo, quand même, je sonne (à ce sujet, retenez ceci : dans un hopital français, ayez présent à l’esprit qu’il faut toujours sonner de 10 à 15 minutes avant d’avoir besoin de quelqu’un).
Donc 10 minutes plus tard : “Oui ? Vous avez appelé ?”
- Oui, j’ai depuis près de deux heures des douleurs fortes et constantes, elles ne disparaissent pas.”
- Je reviens.”
Dix minutes plus tard, l’aide-soignant revient avec devinez quoi ? Deux gélules de paracétamol 250 … L’idée me vient de lui enfoncer ma potence et ses roulettes dans le cul, histoire de voir si le paracétamol lui suffit comme antalgique.
Vers 17 h enfin, la douleur s’estompe puis disparaît, me laissant juste endolori et crevé.
C’est vers 17h 30 qu’on me transfère en oncologie.
Vers 18 h, l’oncologue passe me voir, me demande si ça va, je lui raconte mon histoire de la douleur, mais comme ça a cessé, personne ne s’inquiète, ni elle ni moi.
J’ai tort : vers 19 h, rebelote, grosse douleur.
je me dis que ça va passer, donc je me limite à serrer les dents et à me tortiller dans le lit.
Malgré tout, vers 20h 30, je décide de sonner.
Oui, vous avez deviné, quel que soit le service ça semble être un délai incompresible : 10 minutes plus tard un mec rapplique, et pour le début du dialogue reportez-vous à l’épisode identique ci-dessus en urologie.
Mais quand l’aide-soignard rapplique 10 minutes plus tard avec … Oui … Vous avez deviné … Du paracétamol, alors là j’explose :
“On se fout de qui ici ? Vous croyez que j’ai besoin d’être dans un hopital pour prendre du paracétamol en cas de grosses douleurs ? Je peux très bien faire ça chez moi, et sans attendre !”
Ça n’a pas l’air de lui plaire, il pose ses merdouilles sur la table et se barre.
Je continue à me tortiller comme ça jusqu’à 23h 30, heure à laquelle je prends ma potence et vais manifester dans le couloir.
Peu de spectateurs, juste une infirmière qui me dit qu’elle n’est autorisée à ne nous donner que du paracétamol, je lui dis donc de faire venir un toubib, sinon j’appelle le Samu pour lui dire qu’il faut intervenir 3 étages plus haut, où on est incapable de trouver un médecin. Gagné, l’infirmière dégotte une interne.
Que ce soit sous forme d’injection sous perfusion ou de comprimés, on n’essayera pas moins de 4 antalgiques, de plus en plus puissants, entre minuit et 3 h du mat.
Rien à faire, douleur persistante.
Et puis vers 4 h, petite régression de l’intensité du bobo, suffisante pour que, fourbu, je m’endorme.
Le lendemain, Samedi 15, je constate qu’il n’y a toujours aucun pipi dans la poche de la stomie du rein gauche, et surtout, que mon urine par les voies normales (celles du rein droit donc (je pisse dans un bocal), sont … blanches opaques comme du lait délayé, et très faibles en volume pour les 8 heures de collecte …
L’oncologue passe, voit ça, me regarde comme si j’étais un mutant, et me demande si mes urines sont souvent comme ça. Bien sûr que non, je lui réponds, c’est la première fois.
Ça sent encore la chimio différée, ça …Soupirs…
Mais finalement non, dans l’après-midi, je suis informé (si, si) qu’on va tout de même me faire la chimio. Pisse ou pas dans la poche du rein gauche, l’urologue est formel, la stomie est perméable, donc pas de raison de différer encore la chimio …
On ne me dit toujours pas ce que j’ai, mais peu importe
Chic, je vais pouvoir sortir demain dimanche 16 alors ?
Ben non.
Parce que ce dimanche 16, fièvre. On me garde. Mais au moins, la chimio est faite.
Lundi 17, enfin, libération avec 37,5° de température, ouf.
Je vous épargne les détails du bordel qui préside à mes opérations de sortie, une partie du personnel au courant, pas l’autre, erreurs sur les documents, etc. etc.
Mais l’essentiel est là : d’accord, crevé, endolori, après 6 jours de galère au lieu de 2 mais … Je rentre à la maison !
On est le 20, il m’a fallu 3 bonnes journées de récup’ avant de pouvoir vous donner des nouvelles, mes bichons !

ไม่ต้องคิดมาก ใจเย็นๆ ;o)
jérémy déclare :
20 Novembre 08 à 13:46
Cures ? C’est sûrement la première fois que tu approche une cure d’aussi près… Attention, il y a par ici pas mal de bouffeurs de curés… Explique leur bien la différence entre curé et curiste. Quant à l’oncologue, mois je connaissais l’Onc’ Picsou… Je sais, je sais, ma culture laisse à désirer.
Et pour Noël, ils te réserve une petite surprise ?
Pitaland déclare :
21 Novembre 08 à 10:16
On va finir par penser que tu es dans un hôpital du secteur public.
Pitaland déclare :
22 Novembre 08 à 15:31
Garou, m’autorises-tu à enregistrer ce que tu viens d’écrire ?
Ne crains rien, ce n’est pas à des fins polémiques, ce serait indécent.
J’ai trouvé ça tout bêtement excellent.
Garou déclare :
22 Novembre 08 à 19:19
Je laisse la propriété intellectuelle aux intellectuels, y’a pas de copyright ici, Pitaland, et tant mieux si ça plaît !
Qu’on me pille, vindiou ! :o)
ZIZI déclare :
23 Novembre 08 à 18:14
pôvre de nous l’hosto un vrai lisier ya tout et ya rien c’est bien dommage que chaque spécialiste ne subisse pas la maladie qu’il est sensé soigner ça changerait beaucoup de choses , Quand on est cobaye perso!!!